Avant que j'oublie

Anne Pauly


« Le deuil c’est tellement terrible qu’on est obligé de rire pour s’en sortir »

Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d'un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d'érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.


Tu seras un enfant du malheur, elle m'a dit. Elle m'a aussi annoncé que je mourrais noyé, c'est pour ça que je n'ai jamais pris un seul bateau et que je me baigne jamais. C'est aussi pour ça que tu te laves le moins possible ? avais-je ironisé. Il avait ri.

L'avis de Christiane, bibliothécaire bénévole

Un frère et une sœur se retrouvent autour d’un père à l’agonie, bientôt mort ; quel est le sens à trouver dans ce « fatras de rien » que laisse le père à sa postérité ?

Ce récit- qui ressemble fort à une autobiographie même s’il s’intitule  « roman » - tragi-comique mais plein de tendresse et d’empathie, nourri d’un humour décapant, raconte la maladie et la mort d’un père qui était tout sauf parfait : violent, alcoolique, difficile à vivre…et amateur de spiritualité orientale ! ce « punk avant l’heure, ce gros déglingo, ce roi misanthrope », unijambiste n’ayant pas la langue dans sa poche, dont l’absence va pourtant peser cruellement à sa fille, la narratrice ;

Le jour du décès, l’enterrement du père, sont racontés avec une justesse où le chagrin se mêle aux fous rires

On sent pourtant que malgré toute sa colère et son agacement, la narratrice aime ce père dont elle se sent proche, dont elle se sent être la fille et surtout dont elle a besoin pour vivre. L’enterrer, lui dire adieu, trier les objets, liquider la maison et continuer à vivre sans lui ne vont pas être simples, il va falloir du temps, beaucoup de temps. Il va falloir aussi prendre sur soi. En triant ses objets et en lisant quelques lettres, elle va découvrir un homme qu’elle ne connaissait pas vraiment mais dont elle sentait qu’il n’était pas seulement ce qu’il laissait paraître.

D’une écriture alerte, avec des mots qui claquent et qui pulsent, Anne PAULY nous offre un récit drôle et émouvant, très touchant, où l’humour est l’énergie du désespoir.

A lire sans aucun doute.


Roman

Edition Verdier

Parution le 22 août 2019

144 pages


Prix :

Lauréat Livre Inter

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