Nickel Boys

Colson WHITEHEAD



Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l'université pour y faire de brillantes études, il voit s'évanouir ses rêves d'avenir lorsque, à la suite d'une erreur judiciaire, on l'envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s'engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu'il s'agit en réalité d'un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d'amitié. Mais l'idéalisme de l'un et le scepticisme de l'autre auront des conséquences déchirantes.



« Les garçons auraient pu devenir tant de choses si cette école ne les avait pas anéantis. Tous ces génies gâchés. Naturellement, tous n’étaient pas des génies- Chickie Pete par exemple n’avait pas découvert la relativité restreinte- mais ils avaient été privés du simple plaisir d’être ordinaire. Entravés et handicapés avant même le départ de la course. Ils n’avaient jamais réussi à être normaux ».

L'avis de Christiane, bibliothécaire bénévole

A la suite d’une erreur judiciaire, Elwood atterrit dans un lieu cauchemardesque, une école disciplinaire baptisée « Nickel Academy », un endroit maudit, école de la torture, de la perversion et de l’humiliation, surtout lorsqu’on a la malchance d’être Noir.

Grâce à Turner, qui deviendra son ami de galère, Elwood comprend vite les règles du lieu. Un faux pas et les garçons se retrouvent « au fond », un lieu hors de vue où ils sont attachés les bras écartés, et roués de coups, parfois jusqu’à ce que mort s’en suive. Il comprend aussi que, lorsqu’on n’a pas purgé sa peine, seules la fuite ou la mort peuvent vous faire sortir de Nickel – or les deux vont souvent de pair, les fuyards étant la plupart du temps rattrapés et abattus à la carabine….

On ne dira pas qui sortira de cet ­enfer. On ne dévoilera rien du coup de théâtre final. Mais on peut souligner l’habileté avec laquelle Colson Whitehead utilise ses deux personnages – Elwood l’idéaliste et Turner le sceptique – pour les faire débattre, à mi- mot et avec une grande économie de moyens, des chances de succès du révérend King, de la dignité et de la ­résistance, de la solidarité avec les autres pensionnaires de Nickel, ou de la méfiance envers ceux qui pourraient les trahir.


L’écrivain afro-américain Colson Whitehead est un maître-conteur. Nous en avions déjà eu un aperçu lors de la publication de son magistral «  Underground Rail road » (prix Pulitzer en 2017). D’une prose dure et tranchante, mais puissante et parfaitement maîtrisée, l’auteur explore avec brio l’histoire violente de son pays en s’inspirant d’un fait divers ayant fait grand bruit aux USA ; Sans jamais tomber dans la surenchère, il nous fait éprouver, physiquement et psychiquement, la violence absolue du racisme et nous fait trembler pour la survie de ce jeune Elwood à la fois humaniste et idéaliste, pétri par la foi de son idole, Martin Luther King. La construction magistrale du récit, le style fluide et nerveux, font de ce formidable roman un vibrant plaidoyer pour l’égalité des droits civiques dans la « plus grande démocratie du monde ».

Bouleversant ; et indispensable !


Prix Pulitzer 2020 de la meilleure fiction, le 2ème pour cet auteur, et ce n’est que justice.



L'avis de Sophie, bibliothécaire

Je serai nettement plus nuancée et moins enthousiaste que Christiane, après la lecture de ce roman.

Certes l'histoire est bien contée, certes le fond est cruel et ce que vivent les personnes noires à cette époque est une aberration pour les lecteurs d'aujourd'hui. On y découvre des faits ignobles et la bassesse humaine dans toute sa splendeur.

Des lieux comme la Nickel Académie sont-ils inventés pour que les pires crapules de la terre s'y retrouvent et puissent exprimer leur déviances ?

C'est ce que je reproche à ce roman, il relate des faits, des situations, des épisodes, encore et toujours sur la condition des personnes noires, mais toujours l'homme blanc y est le persécuteur, le mauvais, le diable personnifié.

Pas assez de juste milieu, tout y est sombre, pas de demi teinte et une narration trop tranchée vers un seul sens.

Je pense que c'est ce qui m'a le plus dérangée et je n'ai pas été plus enthousiaste que ça à la lecture de ce livre. Peut être en attendais-je trop, du fait de ce prix Pulitzer ?



Roman

Editions Albin Michel

288 pages

Parution le 19 août 2020


Ce qu'ils en pensent :

"Dans Nickel Boys, l’Américain ­Colson Whitehead réussit [...] à nous faire éprouver, physiquement et psychiquement, ce que produit le racisme sur un jeune garçon noir à la fois humaniste et idéaliste, pétri par la foi de son idole, Martin Luther King." Le Monde


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