Une joie féroce

Mis à jour : août 31

Sorj CHALANDON


Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.

Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.

Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal.«  Il y a quelque chose  », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.

Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.


Le cancer n’est pas un rhume. Le cancer ne s’attrape pas, c’est lui qui vous attrape. Dans le mot cancer, il y a de l’injustice. De la traîtrise. C’est le corps qui renonce. Qui cesse de vous défendre. C’est une écharde mortelle. Un visiteur du soir que l’on voit se faufiler en tremblant. Il dormait sur votre seuil, comme un vieux chat fourbu. S’est installé sur le canapé. Puis dans votre lit. Puis s’est senti chez lui partout dans la maison. C’est l’importun. Le nuisible. L’ennemi intérieur. Celui qu’on n’a pas vu venir.

L'avis de Christiane, Bibliothécaire bénévole

Quatre femmes aux chemins croisés. Toutes les quatre sont en mal d’enfant et trois d'entre elles souffrent du cancer.

Jeanne victime d'un cancer du sein et délaissée par son mari, rencontre Brigitte en séance de chimiothérapie. En salle d'attente, Brigitte lit « Les Intermittences du cœur », de Marcel Proust. C'est ainsi que la libraire et la cheffe de cuisine vont se parler, se découvrir et vite s'apprécier. A la sortie de cette première séance, Jeanne va rencontrer Assia la compagne de Brigitte. Et puis très vite faire la connaissance de Melody.

Peu à peu, l'histoire nous raconte leur rencontre, les drames de leurs vies, la solidarité et l’entre aide qui leur permettent de combattre « le monstre », et aussi, ce qu'elles s'apprêtent à faire …

L’auteur – et c’est courageux de sa part - prend de gros risques en se mettant dans la peau de ces femmes blessées par la vie, et réussit très bien à faire ressentir les émotions, les peurs, les interrogations, les doutes de ces femmes qui combattent pour leur survie ; Sorj Chalandon parle avec justesse du regard des autres qui change, du rapport à soi transformé, de l’abandon de certains proches (le mari de Jeanne, lâche intégral)… mais pourquoi cette deuxième partie- le braquage- sorte d’aventure improbable avec son dénouement censé surprendre le lecteur ?

Alors que toute la première partie est émouvante et bien menée, la deuxième partie est navrante et à mon sens totalement ratée ; quel dommage !

Toutefois ce roman sur la souffrance et l’amitié, totalement dépourvu de misérabilisme et écrit de manière fluide avec des phrases courtes, nettes, percutantes « au scalpel », nous fait passer un bon moment de lecture.


Roman

Parution le 14 Août 2019

320 pages

Editions Grasset

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